MEET HER: Virginia QUADJOVIE

J’ai eu le privilège d’interviewer Virginia, qui est une artiste et une slasheuse de talent.

Photographe, rédactrice, réalisatrice et étudiante, Virginia est une touche-à-tout. J’ai totalement été impressionné par cette femme que rien n’arrête. Consciente de la place des femmes dans nos sociétés, elle souhaite faire bouger les choses et éveiller les consciences grâce à son travail.

Je vous laisse découvrir son interview.

Le job de tes rêves quand tu étais petite ?

Pendant toute mon enfance et toute mon adolescence, je voulais être rédactrice en chef d’un magazine de mode (Vogue ou Elle). Je voulais être une version gentille de Miranda Priestly dans le Diable s’habille en Prada! 

Aujourd’hui tu fais des études d’histoire de l’art à la Sorbonne, d’où te vient cette passion pour l’art ? 

Ma passion pour l’art remonte à très loin. Avec ma famille, on a beaucoup de chance parce qu’on allait souvent au cinéma, à l’opéra, à des concerts, etc. Mais ce qui a marqué le plus mon enfance ce sont les après-midi entières passées dans des musées à contempler des oeuvres d’art. J’aime l’idée qu’un artiste parvient à retranscrire sa vision du monde et délivre un message fort uniquement par l’agencement de formes, de couleurs…

Sinon j’ai regardé énormément de documentaires à la télé sur l’art et la mode. Les documentaires sont de bonnes portes d’entrée vers l’art car ils sont conçus pour être compris par le plus grand nombre tout en étant pointus. 

Que souhaites-tu faire après tes études?

Après mes études, j’espère partager mon temps entre faire des documentaires pour la radio et la télé, et être journaliste culturelle. 

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L’une de tes passions est la photographie, comment es-tu devenu photographe et quel genre de photographe es-tu?

J’ai commencé la photo en allant à la fashion week chaque année. Je faisais du « street style », c’est-à-dire prendre des photos, devant les défilés, des looks qu’on trouve les plus intéressants. Ensuite, j’ai commencé à prendre des photos d’ami-e-s, et des amis d’ami-e-s m’ont demandé des séances. De fil en aiguille, je me suis déclarée comme photographe pour faire des photos d’évènements et des books de comédiens. 

J’espère être une photographe qui a de l’empathie et qui sait saisir la personnalité d’un modèle avec justesse. Pour ce faire, j’essaie d’avoir un style flexible et de m’effacer au maximum au profit de la singularité du modèle. 

Depuis quelque temps tu écris pour le webmagzine TWENTY Magazine, j’aime beaucoup ta plume et ta façon d’aborder les sujets. Comment es-tu entrée dans le monde de la presse  digitale?

Vers avril-mai 2018, j’ai vu sur facebook que le magazine Twenty faisait des conférences de rédaction ouvertes au public. C’est un magazine que je suis depuis longtemps alors par curiosité je me suis inscrite. Quand je suis arrivée là-bas, la rédaction m’a demandé quel genre d’articles je pouvais écrire pour eux. Je ne me doutais pas du tout qu’ils cherchaient de nouveaux rédacteurs et rédactrices. Du coup, je me suis dis pourquoi pas écrire des articles sur la culture. Par manque de confiance et de légitimité, je pense que j’aurais jamais postulé de moi-même.

Quels conseils donnerais-tu à quelqu’un qui aimerait intégrer les mondes de l’art et de la presse?

Je ne sais pas si je suis la meilleure personne pour donner des conseils vu que j’essaie moi-même d’intégrer ces milieux. Mais je peux vous dire que ce que je fais depuis plusieurs années. Je dirais qu’il y a deux choses importantes à faire: travailler dur et faire des rencontres. 

Travailler, ça peut être à la fois des projets collectifs avec des gens de son âge qui partagent la même passion (des web-zines, des chaînes youtube, etc.), mais aussi des projets personnels pour se faire la main seul en étant complètement libre. 

Un des meilleurs conseils que j’ai reçu d’un journaliste dans une masterclass était « tu es jeune, alors ça ne sert à rien de vouloir refaire mal ce que des gens plus âgés font déjà très bien! Démarque-toi, apporte ta patte dans le milieu, expose ton point de vue ! ». 

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En ce qui concerne les rencontres, c’est une étape essentielle pour avoir du travail. On le sait tous, les milieux de l’art et de la presse sont des petits mondes de réseaux. Alors aussi talentueux qu’on peut être, si on n’est pas débrouillard, il ne se passera rien. C’est aussi pour cette raison que je disais de former des collectifs car en plus de se faire la main, ce sont des gens de confiance avec qui on l’espère on retravaillera plus tard, qui peuvent te recommander et inversement à des employeurs. En plus de cela, si on a pas 100% confiance en soi, le fait d’avoir des projets à montrer ça aide à avoir de la légitimité devant des gens du milieu. Concrètement, on peut aller à des conférences et essayer de discuter avec les intervenants à la fin. On peut aussi entamer des discussions sur twitter, sur instagram, par email qui aboutissent sur des rendez-vous IRL (pour les emails, la plupart des rédactions ont des emails types, c’est bon à savoir!). Sans être relou, on peut poser des questions, demander des conseils, rebondir sur un tweet ou un article que quelqu’un a écrit, partager des réflexions, etc. Si la personne semble réceptive, on peut éventuellement montrer ses projets, demander à faire des stages si on est encore étudiant. Si c’est quelqu’un d’un peu haut placé dans un média, on peut envoyer des propositions de piges, puis des candidatures spontanés pour des postes. Au fur et à mesure, on rencontre beaucoup de monde et si on a réussi à prouver qu’on est passionné, humble, travailleur, qu’on a un regard intéressant, quelque chose en plus des autres, soit les opportunités viendront, soit on aura les bons interlocuteurs à qui proposer ses idées, ses projets.

 

J’ai beaucoup aimé l’épisode 1 de ton documentaire PARISIENNES, que je trouve très bien réalisé et bien pensé. Déconstruire des idées reçues et mettre en avant la réalité me parle particulièrement. Comment est né ce projet? 

Ce projet est né d’une longue introspection. Pendant très longtemps, j’ai voulu être une « vraie parisienne ». Je viens de banlieue et j’ai mis beaucoup de temps à me rendre compte que l’image de Paris que les films, les magazines féminins et les réseaux sociaux me renvoyaient n’étaient pas la réalité (ahah aujourd’hui ça me parait évident). Le problème, c’est que même si la plupart des gens ont conscience que c’est faux, on a tous plus ou moins la même idée en tête lorsqu’on pense à « La Parisienne » (une femme blanche, « élégante », très mince, qui vit dans un super appart dans un quartier central et qui a un job de rêve). C’est là que j’ai commencé à me questionner sur les raison pour lesquelles la norme, ce qui semble être le plus commun et à portée de main ne concerne qu’une infirme partie de la population. Alors, je me suis dit que s’il y a un paradoxe, c’est qu’il y a matière à faire un documentaire. Le choix de la série me permet de faire un maximum le tour de la question en abordant des thématiques variées avec chaque intervenante. On parle par exemple des enjeux économiques du mythe de la parisienne, des diktats de beauté ou des logiques discriminatoires qu’il véhicule, etc. 

En ce moment tu travailles sur un nouveau projet. Le lancement d’un podcast qui met en avant les femmes noires artistes du XIX-XXème siècle. Peux-tu nous parler de ce nouveau projet?

En ce moment, je suis en pleine recherche de sujet pour mon mémoire de master. Je suis profondément choquée et énervée par le fait que je n’ai jamais étudié dans toute ma scolarité une seule femme noire peintre, sculptrice, photographe, performeuse etc. À mon sens, ce n’est pas parce qu’elles n’ont pas existé mais bel et bien parce qu’elles ont été effacées de l’histoire. Je me pose beaucoup de questions sur les milieux universitaires qui se veulent impartiaux et universels alors qu’ils sont souvent conservateurs et excluants. J’espère pouvoir contribuer à une réécriture plus juste de l’histoire car je suis persuadée qu’il y a tout un pan de la population qui est délaissé ou méprisé par la recherche. En plus, on ne trouve la trace de ces femmes artistes que dans des ouvrages très spécialisés dans des bibliothèques universitaires, alors je me suis dis qu’il serait intéressant de partager de façon simple, condensée et ludique le contenu de mes recherches.

Comme beaucoup de femmes de ta génération tu mènes de front de multiples activités et je suis admirative. Comment fais-tu pour t’organiser ? Utilises-tu des applications pour rester productive?

Je n’utilise aucune application! J’ai besoin de tout écrire à la main. J’ai succombé à la mode du bullet journal qui me va plutôt bien et j’ai des tonnes de post-it que je colle partout. Mais pour être honnête, je ne suis pas très organisée. Je suis souvent en panique et je me sens régulièrement submergée de travail. Dans ces cas là, je pense à ce que me dit ma mère : « tu fais une chose à la fois et tu respires! » 

Où puises-tu ta créativité?

J’ai besoin d’être constamment stimulée, par peur de l’ennui. Alors j’écoute énormément la radio, des podcasts et je passe un temps fou sur youtube, le site de replay d’Arte et sur instagram. C’est en faisait ça que mon cerveau est actif et attentif à tout ce qui se passe autour de moi. Tout est potentiellement une source de création. Souvent, ma créativité vient d’expériences qui m’ont touché, qui m’ont mis en colère et qui m’ont donné envie de me révolter.

Dans le contenu que tu proposes tu parles beaucoup des femmes. Quelle influence les femmes ont dans ton travail?

Les femmes sont centrales dans mon travail. La plupart des productions intellectuelles et artistiques sont conçus par des hommes pour des hommes. Les femmes sont des objets de désir ou ont une fonction auxiliaire (je schématise bien sûr!). Alors, le but de mon travail est de mettre en exergue les dysfonctionnements de notre société, déconstruire les clichés et proposer aux femmes un discours optimiste. Si mon travail s’adresse ouvertement aux femmes, j’espère que des hommes peuvent y être sensibles. Car pour un changement profond de notre société, il faut que les hommes apprennent à ne pas plus être au centre de l’attention et que l’expérience des femmes est tout autant universel que la leur. 

Que penses-tu de la notion de sororité?

Pour moi, la sororité, c’est une notion essentielle dans mon engagement féministe. La sororité c’est le lien fort qu’on entretient avec les autres femmes. On se doit d’être bienveillantes et solidaires pour obtenir l’égalité. J’ajouterais que la sororité doit également prendre en compte les autres discriminations au-delà de la question du genre, car l’amélioration de la condition des femmes ne peut pas s’opérer si on exclut, stigmatise ou humilie certaines d’entre nous.

Que peut-on te souhaiter pour l’avenir ?

J’aimerais poursuivre mes études en histoire de l’art aussi longtemps que je peux. J’espère aussi trouver des producteurs et des financements pour mes documentaires. 

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Merci Virginia d’avoir pris le temps de répondre à mes questions, si cet article vous plaît n’hésitez pas à laisser un commentaire ou à cliquer sur le petit coeur sous l’article. Vos retours seront grandement appréciés.

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  • Comments ( 4 )

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    Pil

    Une’ femme créative, sensible et inspirante. Je te souhaite tout le meilleur pour la suite!

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      Claudine

      Je n’aurais pas dis mieux!

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    Nina

    Coucou! comment tu vas?
    Ravie d’en apprendre un peu + sur cet artiste.
    Bisous et belle journée à toi

    • avatar
      Claudine

      Coucou,

      Oui elle gagne à être connue.

      Belle journée à toi aussi.

      Bisous

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